Le marketing des associations
humanitaires
I/ Définition
et particularités du marketing associatif
A/
Historique
1°)
Un sous-ensemble du marketing social
La définition que donnent
Kotler et Salzman, en 1971, du marketing social est la suivante:
"La conception, la mise en oeuvre
et le contrÙle de programmes visant l'acceptation d'idées
d'ordre social et intégrant des problèmes de produit, de
définition des prix, de communication et d'étude de marché"
Cette approche est essentiellement
technicienne, puisqu'il s'agit à l'origine d'une simple application
des concepts et des techniques du marketing tel qu'il est pratiqué
par l'entreprise privée, à la promotion d'idées et
de causes d'intérêt général.
Les différents théoriciens
du marketing ne parviennent cependant pas à s'accorder sur l'étendue
exacte du marketing social. C'est pourquoi l'on est amené à
distinguer:
- marketing sociÈtal ou politique:
c'est celui des partis politiques, des grands courants d'idées (
campagne présidentielle, militantisme en faveur d'une idéologie
politique...)
- marketing des institutions publiques:
les états cherchent à modifier des comportements dangereux
pour la société ( régulation des naissances dans les
pays en voie de développement, adoption de règles d'hygiène
élémentaires, propagande...)
-marketing des organisations à
but non lucratif : leur rayon d'action est limité au soutien d'une
cause spécifique (recherche médicale sur une pathologie précise,
organisation de microréalisations dans le Tiers-Monde, assistance
à une population ciblée...)
La réflexion menée
dans ce mémoire se limitera donc à cette dernière
catégorie.
L'exemple
des Etats-Unis
Les Etats-Unis sont les précurseurs
du " Non-Profit Organization marketing". Quoi de plus normal pour la nation
la plus commerçante du monde ?
La culture du Fund-Raising s'acquiert
dés l'école primaire. Le don (en argent ou en temps) est
une marque essentielle de civisme. Dans les paroisses ou les entreprises,
qui souvent favorisent la collecte pour les oeuvres, la pression sociale
est forte pour vous inciter à donner.
Il est vital de souligner que la
culture de ce pays en matière de solidarité est sensiblement
différente de celle de pays européens comme la France: le
système de couverture sociale, en particulier et les dispositifs
publics de redistribution en général sont beaucoup moins
développés qu'en France. C'est pourquoi le volume annuel
des dons atteint 124, 7 milliards de Dollars, soit 698,4 milliards de Francs
(selon l'American Association of Fund Raising Councels) . La Croix Rouge,
l'Armée du Salut et Charités Juives et Chrétiennes
font figurent de poids lourds. En 1991, en dépit de la crise économique,
les dons en pourcentage des revenus ont dépassé les records
des années précédentes ( il est d'ailleurs recommandé
de donner 1% à 2% de son revenu aux paroisses). Ces chiffres colossaux
contrastent avec les quelques 10 milliards de Francs que collectent les
associations hexagonales, mais le cumul de ses sommes avec le budget de
la Sécurité Sociale, des ASSEDIC et de l'URSAAF permettent
de relativiser la situation. En France et en Europe, l'Etat a pris en charge
une partie du rôle des associations. Il n'en reste pas moins que
l'organisation de la collecte de fonds aux Etats-Unis bénéficie
de structures plus développées et professionnelles qu'en
France.
La collecte de fonds est une véritable
entreprise, que symbolise outre-Atlantique l'organisation centenaire "United
Way" qui, par ses 2 100 bureaux locaux, centralise des appels de fonds
qu'elle redistribue à 40 000 associations humanitaires locales:
foyers de sans-abri, crèches, alphabétisation, scouts et
Croix-Rouge. Les sommes recueillies par United Way en 1991, s'élèvent
à 3 milliards de dollars.
Le meilleur y cÙtoie le pire
puisque la collecte de fonds par mailing est aux mains de professionnels
au sein desquels on trouve parfois des escrocs qui absorbent tous les dons
en frais de fonctionnement et ce, même si les organismes sérieux
recommandent de ne pas dépasser le seuil de 35% en frais de fonctionnement.
Partant de l'observation que les
gens donnent là où ils sont engagés (école,
église,musée..), la recette du système américain
est simple : il faut inciter les donateurs à s'impliquer, à
devenir des "volunteers", fidèles et à la générosité
financière quasi-garantie.
On observe d'ailleurs une véritable
frénésie à solliciter de l'argent. Pas un jour sans
que votre boîte à lettre ne s'emplisse d'appels à mettre
la main au portefeuille ou que le voisin ne vous demande de le "sponsoriser"
pour un "Read-a-thon": pour chaque livre qu'il aura (en principe) lu, vous
vous engagez à donner un demi-dollars pour l'association de lutte
contre la leucémie. La petit-lecteur, lui, reçoit, un tee-shirt
ou un téléphone, selon la somme qu'il réussit à
collecter. Les concepts américains s'exportent d'ailleurs trËs
bien : le Téléthon est né aux Etats-Unis et a été
décliné en Europe ( Red Nose en Grande-Bretagne, Téléthon
en France, en Espagne, en Belgique, en Suisse...), les concerts de rock
au profit de grandes causes se sont vulgarisés à travers
le monde...
2°)
Le marketing humanitaire
Il n'existe pas de règles
universelles puisque la culture de chaque pays, voir de chaque région,
les structures économiques et sociales et l'époque engendrent
des attitudes différentes vis-à-vis du mouvement associatif.
Prospérité économique, cohésion du tissu relationnel,
rôle de l'individu dans la société sont quelques-uns
des facteurs qui détermineront le soutien qu'une population apportera
au milieu associatif.
Le marketing humanitaire français
est donc spécifique.
Il concerne trois catégories
d'acteurs que l'on amalgame souvent, et que l'on regroupe sous l'appellation
standard d'organisations humanitaires":
1°) Les organisations non gouvernementales
(O.N.G.) , ou encore associations de solidarité internationale.
Leur champs d'intervention s'étend
à de nombreux domaines de coopération avec les pays en voie
de développement. Il peut s'agir soit d'assistance pure (fourniture
de matériel ou de denrées), soit d'aide au développement.
Leur financement dépend en grande partie de l'Etat, même si
ce dernier n'est pas censé contrôler leur action.
2°) Les associations caritatives
Leur objet est une cause d'intérêt
général: lutte contre une maladie particulière (lutte
contre le cancer), soutien à une cause politique (les droits de
l'homme).
3°) Les associations humanitaires
Leur raison d'être est de soulager
la souffrance humaine: comme pour les ONG, il peut s'agir soit d'une aide
d'urgence (envoi de vivres ou d'équipes de secours au moment d'une
catastrophe naturelle), ou d'une aide à long terme. Ces associations
sont financées en totalité ou quasi-totalité par des
personnes privées.
Issu de la sphère commerciale
dans laquelle le profit domine, le marketing a atteint, non sans la réticence
de nombreux animateurs, l'association, qui fonctionne avec une logique
fondamentalement différente, voire opposÈe.
Il est avant tout considéré
comme un chapelet de techniques permettant aux associations d'optimiser
la mobilisation des ressources pour la satisfaction non seulement de ses
usagers mais également de ses donateurs, bénévoles
ou salariés. Il va être un outil qui va répondre à
la nécessité de l'association de mieux cibler son public
pour mieux communiquer avec lui et d'adapter sa stratégie à
ses contraintes internes (i.e: ressources financières et humaines),
afin d'atteindre les objectifs qu'elles s'est fixés.
Dans cette optique, la stratégie
de communication de l'association ne se limite pas au savoir-faire, c'est-à-dire
la promotion externe de son action; elle consiste en la mise en oeuvre
interne et externe de ses objectifs, de son programme, en la réalisation
technique de ses projets et le financement de ceux-ci.
La valorisation du savoir-faire,
des produits et services de l'association repose sur l'ensemble des moyens
dont elle dispose en vue de créer, conserver et développer
ses activités. Cette valorisation, qui implique la maîtrise
globale de la démarche marketing, est le facteur essentiel qui permettra
à l'association de conquerir sa crédibilité.
C'est pourquoi, éclairées
sous ce nouveau jour, la sortie de l'amateurisme et la recherche de l'excellence
deviennent la meilleure des garanties quant à la perennité
des buts et valeurs de l'association.
B/
Les missions du marketing humanitaire
Il possède deux axes essentiels:
-il porte tout d'abord sur l'étude
des besoins des populations soutenues,
-il doit également étudier
les moyens de mobiliser les ressources nécessaires à la satisfaction
de ces besoins.
Ces deux aspects compliquent de façon
notable, la tâche des responsables. On peut remarquer que le premier
sera la plupart du temps pris en charge par les services techniques alors
que le deuxième sera confié aux services de marketing/communication.
Les cinq fonctions essentielles sont
1°) Assurer le financement
de l'association
C'est probablement l'activité
qui nécessite le plus d'efforts de la part des membres de l'association,
c'est la principale activité du /des départements marketing.
Les fonds collectés serviront
à couvrir les frais de structure, les actions entreprises et les
investissements dans la prochaine collecte.
Les origines du financement dépendent
du type d'organisme.
Les différents types de ressources
font l'objet d'une étude dans le chapitre 3 de la première
partie.
2°) Mobiliser
C'est une mission de motivation des
différentes ressources humaines de l'association. L'élaboration
de formes de participation adaptées à chaque public est nécessaire,
afin de recruter et retenir la ressource essentielle de l'entreprise comme
de l'organisme humanitaire: les hommes.
Différents types d'engagements
exigent autant d'actions spécifiques:
Les sympathisants: ils connaissent
l'association, participent de façon épisodique, mais ne se
sont pas encore engagés significativement.
Objectif du marketing: maintenir
le contact
étudier les populations les
plus susceptibles de rejoindre le mouvement et leur offrir l'opportunité
d'approfondir leur engagement (i.e: devenir adhérents)
Moyens: organisation de concerts
au profit d'une grande cause (concerts de rock des restos du coeur, concert
classique d'Amnesty International qui touche un public plus mur que celui
des restos du coeur), Journées portes ouvertes dans de nombreuses
associations.
Les adhérents: ils versent
leur cotisation (entre 100F et 500F) et s'intÈressent donc de près
au destin de l'association . Leur degrÈ d'implication est moyen.
Objectif: Les fidéliser en
leur donnant les occasions de développer leur connaissance de la
cause soutenue et des actions menées sur le terrain.
Leur proposer régulièrement
de s'investir, de façon ponctuelle pour une opération particulière,
ou sur le long terme, en prenant davantage de responsabilités dans
l'association.
Moyens: abonnement au journal de
l'association, participation à l'organisation d'événements,
invitation aux réunions des comités locaux, vote pour l'élection
de délégués régionaux
Les volontaires: en devenant bénévole,
on atteint un niveau supérieur d'engagement. Ces derniers donnent
leur temps et leur argent à l'association et sont en cela aussi
précieux que les salariés. Ils assument des responsabilités
et participent à la gestion de l'association.
Objectif: Faire remonter l'information
afin d'évaluer l'action mené.
Entretenir leur motivation.
Les encourager à recruter
des nouveaux adhérents.
Moyens: Mise en place une structure
spécialisée dans les relations avec les groupes locaux.
Délégation de pouvoir
sous formes d'autonomie de gestion ( dans l'optique d'une responsabilisation).
Organisation régulière
d'assemblées (régionale, nationale, générale)
Les salariés: ils sont recrutés
autant pour leurs compétences que pour leur motivation. Ils s'impliquent
d'autant plus fortement qu'ils se sentent concernés.
Objectif: Retenir les meilleurs éléments
Etudier l'efficacité des structures
en place
Recruter d'autres compétences
Moyens: Proposer un projet mobilisateur
Ecouter leur remarques quant à
l'efficacité de l'organisation et des méthodes
Mettre en place des réseaux
de recrutement
3°) Informer
La prise de conscience prÈcËde
tout engagement, c'est la préphase de toutes les formes de participation
des publics à la vie de l'association. Cette fonction a revêtu
une importance croissante depuis qu'il est fait appel aux masses pour financer
les associations.
Elle est le coeur de l'activité
de mouvements dont la cause touche à la politique ( au sens éthymologique
du terme ) comme Amnesty International ou l'A.C.A.T. ( Association des
Chrétiens pour l'Abolition de la torture ). Leur principal moyen
d'action étant précisément la diffusion des informations
concernant les droits de l'homme ( et leur violations ) au plus grand nombre.
Peu d'innovations ont été
mises en place. Les méthodes d'information et de sensibilisation
sont classiques. Ce sont l'organisation de campagnes de presse, de séries
de conférences et d'émissions, des spots radio ou télévision
, des remises de rapports aux pouvoirs publics (voir annexe 6 ), mais aussi
l'impression de tracts, la diffusion du journal de l'association ( qui
fait même office, dans le cas de l'A.R.C., de principal support des
demandes de don par mailing)
Exemple:
Le 31 décembre 1992, France
2 diffuse un spot assez long réalisé par Médecins
Sans Frontière, où l'on peut voir des images de camps de
concentration bosniaques; une victime intervient et commente: "J'ai vu
des images d'Auschwitz; il m'est arrivé la même chose". Une
phrase s'affiche à l'écran : MAINTENANT, NOUS SAVONS . Le
spot se termine sur un plan final du logo de Médecins Sans Frontière
4°) Modifier les comportements
Dans la mesure où elle se
substitue parfois aux institutions publiques, pour la promotion de règles
d'hygiène ou de santé ( la Ligue contre le Cancer même
des campagnes contre le tabagisme ), certaines associations ont les mêmes
objetifs que ceux du marketing public.
Il existe trois sortes de situation,
où une intervention est souhaitable:
- lorsque de nouvelles informations
ou méthodes doivent être diffusées ( encourager les
futurs parents à effectuer un diagnostic prénatal, afin de
prévenir les mal-formations )
- lorsqu'un contre-marketing est
requis. Si les producteurs d'alcool investissent massivement dans la publicité,
les associations contre l'alcoolisme se mobilisent.
- lorsque les gens ont besoin d'être
encouragés à passer à l'action. Chacun est plus ou
moins conscient des dangers de la pollution, mais il faut trouver les méthodes
appropriées pour l'amener à ne plus vidanger dans la nature,
à trier ses déchets.
Les différentes phases de
l'action sont les suivantes: cibler son action par une solide connaissance
du marché, développer des produits adaptés (un timbre
diffuseur de nicotine pour accompagner le sevrage), inciter au changement
d'attitudes ( par des campagnes de publicité ou une prise en charge
du traitement par la sécurité sociale ) et enfin faciliter
l'action ( par des mesures de sevrage en groupe, par exemple ).
Plusieurs domaines doivent être
envisagés. Pour favoriser la diminution de la consommation de tabac,
est-il ainsi nécessaire de mener de front des actions au niveau
législatif (militer en faveur d'une législation anti-tabac,
qui interdise de fumer dans certains lieux...), au niveau technologique
( trouver des méthodes, des traitements permettant le sevrage ),
au niveau économique ( faire augmenter le prix du tabac ), et au
niveau de la transmission d'informations ( prévenir des dangers
du tabac).
5°) Promouvoir l'association
Pour exister, s'affirmer notamment
face à ses consoeurs, l'association doit assurer sa propre promotion:
il est nécessaire de se faire connaître auprès du grand
public, mais aussi des institutionnels, de se positionner par rapport à
une cause, d'afficher ses particularités, ses principes, voire sa
méthodologie.
Tous les médias sont utilisés:
les mass-médias, les événements, les médias
de proximité et le bouche-à-oreille pour le grand public,
le marketing direct pour les décideurs, les réseaux de relations
pour les institutionnels.
6°) Amélioration des
prestations
Objectif: rendre un service adapté
et efficace
Connaître ses usagers
Moyens: tout comme l'entreprise mène
des études de marché qui lui permettent de cerner les besoins
des clients, l'association doit avoir une vue globale des populations qu'elle
soutient et se tenir informée. Il est donc nécessaire d'organiser
une remontée régulière des informations en provenance
du terrain. C'est à travers la constitution d'un réseau de
relations (associations, administrations, groupes locaux, particuliers...)
que ces informations peuvent être obtenues.
La finalité de l'association
résidant dans les corrections qu'elle apporte, l'efficacité
de son action doit être au centre des préoccupations. Le marketing
humanitaire déterminera donc les modalités d'actions, les
partenaires souhaitables. Il assure ou doit assurer la fonction d'interface
entre les usagers, les concepteurs des actions et les exÈcutants.
En dernier lieu, une phase de contrôle évalue les résultats
de l'opération.
C/
Les contraintes
Parce qu'incapable, par nature, de
s'autofinancer- stricto sensu-, l'association est condamnée à
soigner ses relations avec ses bailleurs de fonds qu'ils soient privés
ou publics, personnes physiques ou morales. Comme on le souligne à
tous les niveaux, du comité local au conseil d'administration, du
service du personnel à la comptabilité,
l'argent est le nerf de la guerre.
D'où la nécessité
de connaître les différentes sources de financement et d'étudier
les comportements de ses interlocuteurs:
1°) Le particulier et le don
2°) L'entreprise et le partenariat
3°) l'Etat et la subvention
La première et principale
source est le particulier.
1°) Le particulier et le don
Le marché du don
La faiblesse des statistiques du
secteur ne permet pas de donner des estimations précises sur le
marché du don en France. Cependant, sur base des collectes des trentes
premières associations et aprËs extrapolation aux quatre cents
suivantes, la générosité des français s'ÈlËverait
à environ 10 milliards de Francs ( total des dons des particuliers,
des legs et dons des entreprises). Il existerait un noyau dur de 5 millions
de donateurs qui apporteraient leur concours à 7,7 associations
par an avec un don moyen de 200 F à 250 F, soit un don global de
1500 F par personne, et un potentiel sur cette population de 7,5 milliards
de francs au total). Ceci constitue l'hypothèse la plus largement
admise mais c'est aussi la plus haute; certains responsables de collecte
considèrent que le marché est moins "concentré".
Comme on peut s'y attendre, de fortes
inégalités sont observables entre les trente premières
organisations qui "vampirisent" 60% à 70% des collectes et les 400
autres qui se partagent les restes.Parmi les premières, l'Eglise
Catholique avec le denier du culte, dépasserait les 600 millions
de Francs. Viennent ensuite le Secours catholique, l'ARC, l'AFM, MSF, La
Ligue contre le Cancer, La Fondation de France...
Qu'est-ce que le don ?
Il y a une vingtaine d'année,
F. Andrews, repsonsable d'une entreprise de collecte de fonds américaine,
prononçait l'introduction suivante:
" Je vais vous parler d'un
Je vais vous parler d'un produit
de rêve, il n'a pas de prix établi à l'avance, le client
paie ce qu'il veut et ce qu'il peut pour ce produit, aucun inventaire n'est
requis, mais on n'est jamais en rupture de stock; on obtient un paiement
cash à la commande et le crédit n'a pas cours: aucune expédition
de ce produit n'est nécessaire car le client en profite déjà
avant qu'il ne reÁoive la commande: il suffit de quelques attentions
pour que le client continue à l'acheter année aprËs
année et augmente sa commande lorsque cela lui est demandé;
enfin, s'il aime tout particulièrement ce produit, il peut léguer
sa fortune à l'entreprise qui le lui offre. Ce produit, c'est le
don dans ce qu'il offre comme satisfaction morale..."
En 1990, le don est analysé
comme une transaction:
D'une part, le donateur/consommateur
de don est l'objet d'un besoin éthique, intellectuel, spirituel
de solidarité, de fraternité, d'association, de défense
de l'intérêt général . Ce sentiment est nécessiare
à tout individu pour se sentir utile, participer, intégrer
un groupe plus large, défendre et échanger aussi des passions
communes.
De ce besoin nait le désir
de faire disparaître les tensions, individuelles ou collectives qu'il
a engendré. Le moyen d'y parvenir est alors le don au sens le plus
large: adhésion, contribution financière, acte de bénévolat,
changement de comportements nuisible à la société.
Le schémas qui figure sur
l'annexe 0 décrit le mécanisme de passage à l'acte
de don.
A partir les données de base
(âge, sexe, milieu socio-culturel, religione...) , que l'on peut
appeler "profil psychosociologique" de l'individu et des informations fournies
par les différentes sources auxquelles il est exposé, il
va être poussé, par une pression psychologique, au don, percu
alors comme unique moyen de faire retomber cette pression.
Typologie
des dons
Le poids des différents éléments
du profil psychosociologique de l'individu détermine plusieurs catégories
de don:
1°) Le don spirituel: l'acte
de charité:
Il répond au besoin de s'accomplir
de la pyramide de Maslow. Il s'agit de faire le bien (motivation oblative).
C'est une démarche d'ouverture vers l'autre, un désir de
le comprendre et de l'aider .
2°) Le don rationnel: la volonté
de solidarité
C'est un besoin d'estime par rapport
à soi-même, une démarche relativement semblable au
don spirituel mais qui intègre en plus une certaine réflexion,
stabilité et impulsivité.
3°) Le don magique: la peur de
mourir
C'est le souci, voir l'obsession
de sécurité qui pousse à l'acte (exemple typique:
don à un organisme de recherche médicale)
4°) Le don militant: le désir
de reconnaissance sociale
Le don va être le moyen de
s'exprimer, de trouver sa place dans la société et d'afficher
son appartenance à un groupe.
5°) Le don plaisir: l'acte d'amour
Les motivation sont d'ordre affectif.
Le don tend, parce qu'il correspond à un besoin d'accomplissement
de soi, à devenir égocentré.
6°) Le don émotif: l'urgence
Des éléments extérieurs
ont provoqué un brusque déséquilibre émotionnel
qui ne peut se résoudre que par une action vigoureuse, immédiate,
impulsive.
Les contre-motivations
Si les motivations au don sont puissantes,
il n'en existe pas moins de nombreuses contre-motivations. Parmi les objections
les plus couramment formulées, on peut citer:
- La solution aux problèmes
auxquels font face ces organisations ne relève pas de l'effort public;
c'est à l'état de les résoudre;
- les dons sont remis à fonds
perdus; les solutions mises en oeuvre ne sont que des palliatifs, les problèmes
ne sont pas solubles;
- les organisations consomment des
frais généraux importants;
- l'aide financière est une
manière de se donner bonne conscience à moindre frais.
De cette analyse de la transaction
découlent d'ailleurs des conséquences non négligeables
pour l'association: l'objet de la transaction, le produit vendu par l'association
n'est pas seulement le service rendu à la société
( recherche médicale, aide au développement,...) mais aussi
et surtout la satisfaction du besoin du donateur dans toutes les dimensions
que l'on vient d'aborder (estime de soi, participation à un projet
social commun, sécurité...).
Par conséquent, le succËs
d'une association n'est pas régi par les mêmes règles
que celui d'une entreprise commerciale. L'efficacité des services
que rend cette dernière sont sanctionnés par le marché:
si le mix
(produit, prix, distribution, promotion)
du produit répond précisément aux besoins du marché,
l'entreprise privée a une raison d'être. Dans le cas de l'association,
le phénomène est plus complexe. Les facteurs clés
de succËs, depuis la récente et large participation du grand
public à son financement, ont évolué: la maîtrise
de l'image perÁue par le public ( à travers les médias,
les prescripteurs...) et celle des réseaux de collecte, c'est-à-dire
la promotion et la distribution, revêtent une importance primordiale.
La valeur intrinsèque des actions/terrain de l'association n'a elle
plus qu'une importance relative. A ce sujet, bien souvent et en dépit
du mouvement de professionnalisation croissant du secteur, l'efficacité
tendrait, par ce que "l'association n'est pas une entreprise", à
devenir secondaire: c'est la dimension spirituelle, intellectuelle qui
prime . Heureusement, les évolutions observées ces dernières
années prouvent que les résultats sont de plus en plus pris
en considération.
2°)
L'entreprise et le partenariat:
La principale forme de partenariat
est le sponsoring. Mais, si ce sont essentiellement les manifestations
événementielles qui drainent la majeure partie des dons,
d'autres formes de collaborations existent:
1°) Fourniture de produits ou
services
Les Mutuelles Unies prennent gratuitement
en charge l'assurance des Médecins du Monde, Jeumont-Schneider fournit
gracieusement une installation téléphonique pour une grande
association, Darty récupère des appareils d'occasion lors
de ses livraisons et les remet à une association employant des jeunes
en difficultÈs.
2°) Reversement d'une partie
des bénéfices
Heudebert s'engage à reverser
dix centimes à la Croix Rouge pour chacun des quatre millions de
paquets de biscottes affichant l'opération, de même que Cartier
qui cède pendant une courte période 10% du montant des ventes
en magasin au même organisme.
3°) Financement partiel de certaines
opérations
Auguste Thouard organise un concert
de musique classique en faveur des réfugiés vietnamiens avec
la Société Internationale des droits de l'homme et le comité
Tran Van Ba.
Air-France fournit une mémoire
centrale permettant de gérer le fichier de donneurs de moëlle
osseuse, nécessaire pour combattre la leucémie.
Volvo-France participe à un
convoi organisé par les Petits Frères des Pauvres vers la
Pologne.
Les enjeux
Pour l'entreprise partenaire, l'enjeu
est triple: il est d'abord commercial . Des opérations comme celles
d'Heudebert permettent de voir le volume des ventes augmenter, et d'enrichir
sur le long terme l'image de marque d'un produit de consommation courante.
Pour Cartier, c'est une question de prestige. L'association à une
cause sociale favorise l'implication de l'acheteur du produit, l'acte d'achat
acquiert une dimension spirituelle et intellectuelle.
Le partenariat avec l'organisme humanitaire,
s'il est convenablement valorisé, a des répercussions sur
les ressources humaines de l'entreprise. Le personnel de la Poste, trËs
sensibilisé et motivé par l' AFM (Association Française
contre les Myopathies) se mobilise fortement au moment de la distribution
bénévole des courriers faisant suite aux promesses de dons
téléphonées du Téléthon. Ce genre d'événement
permet aux collaborateurs de travailler à un projet commun dans
un contexte semi-professionnel et renforce ainsi la cohésion des
équipes.
Enfin, l'entreprise légitime
sa place dans la société, confortant ainsi son intégration.
A un moment où la question du rôle social de l'entreprise
fait de plus en plus l'objet de débats, l'enjeu est capital.
Une forme de partenariat se place
en porte à faux des accords de sponsoring. L'APF (Association des
Paralysés de France), grâce à son réseau étendu
de bénévoles est le premier fournisseur de l'industrie du
recyclage du textile. Une organisation trés structurée de
collectes des textiles usagées fournit 35 000 tonnes de vêtements
et rapporte la bagatelle de 9 millions de Francs par an à l'association.
Véritable acteur économique d'un domaine où les conditions
de rentabilité de l'entreprise privée ne sont pas réunie,
l'association vient s'intégrer dans une chaîne d'activité
industrielle.
Les freins
Comme pour le don du grand public,
plusieurs freins existent.
Une certaine méfiance persiste
entre entreprises - orientées vers le profit - et les associations
- à but non lucratif -. Leur système de valeurs, leur organisation
et leur fonctionnement diffèrent trËs largement.
Une méconnaissance des associations
des impératifs des entreprises qui investissent dans le sponsoring,
et plus généralement une attitude perçue comme un
manque de professionnalisme rendent les responsables d'entreprises méfiants
vis-à-vis de leurs interlocuteurs.
Le mécénat humanitaire
est considéré beaucoup plus risqué que le mécénat
sportif ou culturel. Les scandales ( qu'a, par exemple, connus la Croix-Rouge)
et les controverses sur l'efficacité des actions menées (
comme cela a pu l'être au moment de l'intervention du secrétaire
d'état Gilibert contre le Téléthon), peuvent bien
évidement entacher l'image de marque de l'entreprise partenaire.
3°)
L'état et la subvention
Les associations ne se contentent
plus de solliciter des financements des pouvoirs publics: un pragmatisme
propre aux années 1990 a remplacé le tiers-mondisme des années
1970 qui refusait toute compromission avec les gouvernements. AprËs
des années placées sous la bannière de la démarche
antiÈconomique et la volonté systématique de rester
à distance des Etats, lieux de compromission politique, l'aide humanitaire
semble vouloir depuis quelques années développer de nouveaux
partenariats avec les pouvoirs publics. Les différents ministères
concernés, quant à eux, désirent que les fonds destinés
aux pays en voie de développement trouvent de nouveaux relais; ils
voient donc des partenaires privilégiées, dans les ONG rebaptisées,
Associations de Solidarité Internationale. Cette nouvelle terminologie
permet de regrouper sous la même appellation, les associations oeuvrant
dans l'urgence (Médecins Sans Frontière, Médecins
du Monde...) et celles qui s'efforcent de favoriser le développement
.
Le CLOSI, Comité de Liaison
des Associations de Solidarité Internationale était, en septembre
1990, le signe du changement d'une époque puisqu'il se fixait pour
mission de "définir une nouvelle coopération avec le Tiers-Monde
et la mise en oeuvre de l'aide publique par les ONG avec de nouveaux instruments".
Il regroupe déjà 250 associations sur un total de 700 parmi
les plus importantes, mais son activité, d'aprËs le témoignage
des professionnels interrogés sur le sujet, semble encore limitée.
L'évolution récente
du financement des ONG est en tout cas significative du resserement des
liens entre les associations et le gouvernement. Selon une enquête
biennale de la COCODEV (Commission de la Coopération et du Développement)
et les estimations de l'ancien Président du CLOSI, et actuel secrétaire
général du CCFD (Comité Catholique contre la Faim
et pour le Développement), Bernard Holzer, la part des subventions
publiques dans le budget des associations serait passée de 22% en
1989 à environ 30% actuellement.
Enfin, décentralisation oblige,
les relations des associations ou dÈlÈgations locales avec
les pouvoirs locaux revÍtent une importance croissante: les associations
spécialisées dans le traitement social de la crise ( insertion
professionnelle des jeunes, demandes liées à la précarité
de l'emploi et au chômage) se développent . Dépendantes
elles aussi des subventions des instances locales, mais aussi représentantes
de la société civile et des citoyens dans la démocratie
locale, elles revendiquent un partage légitime de pouvoir, respectueux
de leur indépendance et de leur spécificité.
Enfin, le phénomène
se décline également au niveau européen: les aides
financières de la Communauté s'élèvent d'années
en années et si elles ne représentent en moyenne qu'une faible
partie du budget des associations, elles peuvent revêtir une importance
capitale dans le cadre de certaines opérations ( la CEE a alloué
6,5 millions de Francs à la Croix Rouge pour le soutien de ses interventions
dans les cinq départements concernés par les inondations
de Septembre 1992).
Ces modifications profondes des relations
de l'association avec le pouvoir politique auront sans aucun doute des
incidences sur sa gamme d'instruments marketing ( lobbying, structuration
des relations avec le pouvoirs) afin de consolider, ou à défaut
de mettre en place des réseaux de relations au sein des administrations.
D/ La dimension
éthique
Il est clair que, de part son objet
ainsi que les responsabilités qu'elle a vis-à-vis de ses
différents partenaires, l'association est confrontée à
des problèmes d'ordre éthiques.
Tout d'abord, le projet de l'association
, c'est-à-dire ses objectifs et les méthodes et moyens qu'elle
a décidé de mettre en oeuvre pour les atteindre conditionne
étroitement son action et diminue sa marge de manoeuvre. Une association
qui a précisément pour mission de soutenir les laissés-pour-compte
du système économique en place peut-elle se permettre d'appliquer
des techniques identiques au secteur commercial et de céder au mercantilisme
? Une adéquation entre les buts à atteindre, d'une part et
les méthodes et moyens, d'autre part doit se produire - éventuellement
aprËs des étapes d'ajustement - afin de ne pas dénaturer
l'esprit de l'association.
Par ailleurs, les ressources d'une
association étant, par essence, limitées, elles doivent faire
l'objet d'une utilisation parcimonieuse. Un arbitrage doit être opéré
entre les opérations, les frais de fonctionnement et la collecte
de fonds: quelle part des dons récoltés est destinée
à une action terrain ? Au niveau de la collecte de fonds elle-même,
quelle est la " rentabilité " des actions ?
Toutes ces questions sont étroitement
liées à une triple notion de responsabilité:
responsabilité de l'association
vis-à-vis d'elle-même: c'est en quelque sorte une question
d'amour propre, la fin justifie-t-elle les moyens ?
responsabilité vis-à-vis
des donateurs ( privés et publics ): en finançant, ils accordent
leur soutien mis aussi leur confiance. La gestion en général
et la stratégie marketing ne doivent pas les décevoir.
responsabilité vis-à-vis
de la société: l'association se fixe sans y être contrainte
comme défi de l'améliorer, ce qui ne peut justifier qu'elle
ne soit pas efficace ou morale . Les quelques milliards de dons sont négligeables
par rapport au budget de la Sécurité Sociale, mais des millions
de personnes (donateurs, bénévoles et usagers) sont concernés
.
Ce besoin de transparence est plus
que jamais à l'ordre du jour, à cause des excËs qui
ont été commis. Les compte-rendu d'activité se font
de plus en plus professionnels et des commissions de contrôle voient
le jour un peu partout.
II/ Développement
du marketing dans les associations humanitaires
1993,
Raphaël RICHARD, mémoire de fin d'études |